Le crissement de la neige sonne plutôt comme un présage funeste dans ce hameau isolé de Nouvelle-Angleterre.. Lentement, mais résolument, la carcasse immense d’Ethan Frome se traîne dans les rues. Qu’est-il arrivé dans la lugubre ferme des Frome, cette demeure où l’enfermement psychologique et la détresse sentimentale rendent fou les hommes?

Maladifs, voilà bien le mot pour caractériser ces villages du nord-est américain, là où chaque masure abrite de sombres histoires de familles, des drames humains. La pâleur morbide du paysage rappelle au lecteur que tout se fait en demi-teinte, les péripéties sont alors remplacées par l’insoutenable vide de l’existence. Sur ce triste tableau se dessine une petite ferme, l’amertume et la mélancolie y règnent encore plus dures qu’ailleurs…
Au-dessus du foyer plane l’ombre d’une matriarche oppressante et autoritaire, qui, un peu malgré elle, étouffe tous les rêves et espoirs d’Ethan. Alors même qu’il avait trouvé une lueur de vie dans une jeune femme venue travailler à la ferme, la jalousie qui règne au sein du foyer eut raison de lui. Ethan ne sortira pas indemne de l’indicible pression qu’exerce sur lui son milieu.
Utilisant le topos classique de l’amour impossible, Edith Wharton dépeint une réalité plus vaste, celle du malaise social. Ses personnages, souvent peu courageux, mauvais communicants, subissent de plein fouet une situation que personne n’a vraiment choisie. Pourtant le lecteur trouvera dans cet ouvrage de nombreux passages suscitant un bonheur candide, Frome aime comme un adolescent dont la jeunesse aurait été volée.
Edith Wharton nous livre une fresque dans le plus pur style réaliste concernant la narration et la psyché des personnages. Rien n’est extravagant et pourtant tout nous ébranle. Le rythme est maîtrisé à la perfection, permettant des passages qui frôlent la littérature d’horreur dans un roman aux péripéties pourtant peu nombreuses. Cette sobriété permet alors d’apprécier pleinement le travail apporté à l’atmosphère et les symbolismes mis en place.
Au sortir de l’œuvre, le lecteur ne peut que se sentir impliqué, et il se laissera sûrement une dernière fois encore bercer par le spectacle de la neige qui tombe…
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