Jade Khoo, tout juste sortie des Gobelins, signe en 2022 son premier album aux éditions Dargaud: Zoc. Fidèle à son univers bucolique et teinté de poésie douce-amère, elle nous offre un récit apaisant dans lequel se déploie toute sa créativité.

La randonnée des sinistrés
Zoc, c’est une jeune adolescente qui dispose d’un pouvoir étrange: l’eau s’accroche invariablement à sa natte, jusqu’à former un véritable lac derrière elle. Comme beaucoup, Zoc se cherche un objectif dans la vie, une passion ou une activité. Elle décide alors sur un coup de tête d’utiliser son pouvoir pour déplacer des inondations, ce qui l’emmène bivouaquer à travers champs. En chemin, elle rencontre Kael, un jeune garçon qui ne peut s’empêcher de prendre feu à proximité des gens qui souffrent…
Voilà le printemps
À se pencher un peu sur les créations de Jade Khoo, on décèle immédiatement un goût prononcé pour le bucolique et les paysages ruraux. Sa BD est un florilège de plans larges sur des plaines agricoles, des collines ou des ruisseaux, au milieu desquels les personnages semblent minuscules.



La ligne claire et le jeu de couleur nous font ressentir la formation en animation de l’autrice. Dans Zoc les couleurs appliquées par aplats numériques sont pétantes, le dessin est net et on sent un découpage en plans rappelant le cinéma d’animation. Les cases sont épurées, larges, réflexives, elles laissent le temps au lecteur d’interpréter le mouvement comme il l’imagine, de faire les intervalles dans son esprit. On est donc face à un objet moderne et lisible, au style remarquable.
La patte de l’autrice n’est pas sans rappeler les productions françaises éditées chez Ankama, notamment pour la palette de couleur et l’aspect numérique assumé, ainsi que l’univers coloré et poétique. On pourrait aussi comparer sa technique pour dessiner les paysage avec celle de Jakob Martin Strid, illustrateur danois connu notamment pour ses ouvrages jeunesse.

Voyage initiatique
Zoc se déroule dans une région rurale fictionnelle mélangeant banalité et fantaisie. D’une page à l’autre on pourrait se croire dans une campagne française absolument normale puis un élément fantastique fait irruption: oiseau qui parle, bus aux allures steampunk, pouvoirs magiques… Mais ce cadre poétique et incongru sert surtout de prétexte pour raconter l’histoire d’une adolescente qui se cherche. La jeune Zoc voit un conseiller d’orientation, observe son grand frère au travail, et a du mal à parler de l’avenir avec ses parents. L’œuvre entière interroge cette peur universelle de se lancer dans la vie active, de se trouver une place.
Mais en dehors des discussions avec le psychologue ou sa famille, Zoc se construit par son voyage et les rencontres qu’il occasionne. Ainsi les pages aérées ne contiennent que peu de dialogues : Le lecteur l’aura compris grâce aux quelques images au dessus, cette BD est avant tout contemplative.

Poésie loquace
Arrêtez vous à chaque planche, retournez en arrière observer une montagne, un plan d’eau ou la végétation. Zoc s’apprécie en prenant le temps, les journées qui passent au sein du récit se traduisent par des changements de couleur maîtrisés, du crépuscule au zénith. Le motif de l’eau très présent incarne aussi ce mouvement doux mais perpétuel. C’est un élément ambivalent, en voulant aider, Zoc détruit parfois autour d’elle avec son eau, car ce récit est aussi celui de beaucoup d’erreurs, de retours en arrière et de rectifications.

En rencontrant Kael qui s’embrase de manière inopinée, Zoc trouve sa complémentarité, elle attire l’eau et il la fait évaporer. On ne trouve pas sa place dans la société sans les autres. Ainsi ces deux éléments primordiaux, contrôlés par des jeunes maladroits, deviennent utiles seulement dans la coopération. Cette œuvre ne recherche pas une signification profonde, elle transmet seulement un humanisme et un optimisme rafraîchissants.
A suivre
A la lecture de cette première publication chez Dargaud, on ne peut que recommander de suivre Jade Khoo et son travail très prometteur.
Zoc c’est une invitation à la balade, à faire le point sur nous même, à s’aérer. C’est un plaisir visuel doublé d’émotions positives et tendres. Une BD lumineuse comme un long été de collège…
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