Firewatch, aux marges du jeu vidéo

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Firewatch : Critique histoire & fin Firewatch - Narrative design

Courant 2017 vous n’avez pas pu rater « What remains of Edith Finch », lauréat de la meilleure narration aux Game Awards 2017, le jeu est décrit par certains plus comme un « film interactif ». Firewatch, sorti en 2016, par son approche particulière de l’interactivité et l’importance donnée aux dialogues et au récit, relève d’une expérience similaire.

J’ai récemment testé le jeu Firewatch, première production du développeur Campo Santo, et il me paraissait pertinent d’écrire un petit bout dessus car l’expérience ne m’a pas laissé indifférent. Si j’ai repris l’expression « film interactif » pour en parler c’est parce que ce jeu se place proprement en marge de son médium, en ce qu’il propose un gameplay assez limité en terme d’interactions avec le décor et de possibilités de mouvements. Ce jeu que l’on pourra terminer en 4 heures tout au plus compense largement son gameplay par une ambiance soignée qui vous plonge au coeur du grandiose parc naturel de Yosemite aux Etats-Unis, ainsi que des personnages à la relation complexe et captivante dans laquelle vous aurez votre rôle à jouer. C’est en clair une belle histoire à laquelle on prend part, celle d’une vie.

Un prologue habile
Le jeu s’ouvre sur un écran n’affichant que du texte, il raconte l’histoire d’un jeune homme qui rencontre une femme d’environ une vingtaine d’année comme lui dans un bar de Boulder dans le Colorado:

In Firewatch Your Choices Don't Matter, And That's Okay | Kotaku ...

Vous pouvez choisir certaines lignes de dialogues et certaines actions mais gardez en tête que le résultat final sera que cette femme sera votre épouse, ce petit jeu de questions/réponses réussit à narrer en quelques minutes le cheminement qui a poussé le héros Henry à s’exiler. On apprend qu’après des années de bonheur notre femme tombe malade mentalement et Henry s’en trouve évidemment beaucoup affecté, c’est pour cela qu’il décide de devenir une sorte de garde forestier, isolé au milieu de l’immense parc naturel de Yosemite. Ce prologue est plutôt habile car il permet de fournir une toile de fond et un motif au démarrage du récit tout en rendant le joueur un peu acteur de ce passé, le joueur se trouve ainsi attaché au personnage avant même de commencer à réellement jouer. L’ambiance est déjà posée, vous n’êtes pas un homme venu pour tenter l’aventure ou combattre des monstres mais une âme à la dérive qui cherche un lieu où pouvoir faire le vide en lui…

Un gameplay réduit au strict minimum
Je ne vais pas ici vous conter toute l’histoire puisqu’elle est précisément le point central du jeu, néanmoins vous devez savoir que le jeu est découpé en journées, chaque jour Delilah, une collègue qui réside dans une tour semblable à la votre à quelques kilomètres, vous donnera des missions. Les missions consisteront souvent à aller d’un point à un autre, chercher du ravitaillement ou empêcher des ados inconscients de faire un feu, il vous faudra fouler du pied l’étendue sauvage de Yosemite sur des kilomètres.

Firewatch sur Steam
La tour de Firewatch où vous résidez

Mais ici ne vous attendez pas à des phases d’escalade et de cascades complexes pour vous déplacer, ici il faudra effectivement franchir des obstacles mais en réalité vous ne pourrez pas vraiment perdre, tomber ou rater vos sauts. Néanmoins, j’ai ressenti quelque chose d’étrange, une légère pression au moment de grimper ou de sauter comme si mon personnage pouvait à tout moment défaillir, mais ce n’est peut-être que moi. Si je dis que l’interactivité est limitée c’est précisément que votre personnage ne peut presque rien ramasser à part quelques ordures, les seuls éléments du décors avec lesquels vous pourrez interagir seront ceux prévus pour faire avancer l’intrigue et rien d’autre, la plupart du temps vous vous contenterez d’appuyer sur un bouton.

Test de Firewatch sur PS4, Switch, PC @JVL
Vos outils de navigation

Autre élément renforçant ce côté peu interactif est l’absence quasi totale de HUD ou d’interface, ce qui est évidemment fait pour amplifier l’immersion du joueur. En clair, ce que vous pouvez faire le plus souvent c’est marcher, ou plus précisément vous promener.

Le primat de l’ambiance sonore et visuelle
Comme vous aurez déjà pu le constater sur certaines des images que j’ai mises, le jeu est beau, très beau. Les développeurs ont choisi de faire des graphismes lisses, loin d’un photoréalisme coûteux et peu original, pour se concentrer sur la lumière et les éléments principaux que l’on attend des montagnes rocheuses étasuniennes: de grands pins, des roches aux formes improbables, des monts sublimes, de l’herbe jaunissante, des couleurs chaudes…

Firewatch : trailer de gameplay de l'E3 2015

Les décors sont néanmoins détaillés et on trouvera des environnements pouvant changer radicalement en parcourant la carte, du canyon aride à la forêt luxuriante. Mais c’est aussi une ambiance sonore travaillée, avec plusieurs bruits très divers d’animaux, le bruissement des feuilles, l’écoulement d’un ruisseau, qui rend ce paysage vivant. D’autant plus qu’il n’y a quasiment pas de musique, sauf à certains moments de l’intrigue, elle vient et nous prend en traître pour faire augmenter la tension d’un geste saillant. C’est justement parce que l’environnement ne semble pas figé que l’on ressent le froid quand on rentre dans une grotte et qu’on se sent rafraîchi en entrant dans un lac. Si j’ai dépeint le gameplay de manière qui peut paraître peu flatteuse, c’est que le jeu est surtout contemplatif, il est fait pour se balader dans l’immensité du parc et incite le joueur à découvrir lui-même la beauté du paysage.

Firewatch": vous êtes seul dans la forêt, il ne se passe rien ou ...

Les personnages et leur relation
J’ai mentionnée Delilah, votre collègue, en parlant du gameplay, elle sera votre principale interlocutrice dans le jeu. Parmi le peu d’objets dont vous disposez se trouve un talkie walkie à travers lequel Delilah vous contactera régulièrement pour vous proposer des missions et vous donner des directives. Là où le jeu met l’accent sur les dialogues c’est que Delilah ne se contentera pas de vous donner une mission puis de raccrocher, c’est quelqu’un d’isolé comme vous et le joueur est souvent amené à discuter de tout et de rien avec elle.

Firewatch Game | PS4 - PlayStation
Votre seule ouverture vers l’extérieur

Le rapprochement entre les deux personnages se fait au goutte à goutte, au fil des jours les discussions se feront plus denses, sur des sujets plus intimes, parfois entrecoupées de disputes ou de blancs. Le joueur à le choix entre plusieurs réponses qui influeront donc sur le comportement de Delilah tout au long du jeu, c’est une véritable relation qui se noue, avec parfois une certaine tension amoureuse et des moments de joie comme de chagrin. Votre seul interaction avec un être vivant sera avec Delilah, dont on ne voit jamais le visage, ainsi le joueur est sensé s’attacher seulement à la personnalité et à la voix de cette femme, d’ailleurs très bien doublée en anglais par Cissy Jones qui a travaillé notamment sur Life is Strange et Fallout 4. Notre héros Henry n’est pas en reste, doublé par Rich Sommer, il apprécie l’humour sarcastique et sa personnalité assez renfermée s’ouvrira au fil du temps pour dévoiler un homme brisé mais désireux de s’en sortir. Les discussions entre ces personnages servent aussi l’intrigue, on le verra, beaucoup d’événements mystérieux arrivent au sein du parc et pour en trouver l’origine il faudra converser au téléphone avec Delilah, se tromper de piste plusieurs fois et même avoir des désaccords voire de la discorde en temps de crise. Les personnages font presque tout le jeu, le joueur joue essentiellement pour découvrir ce qu’il se trame dans le parc mais aussi pour voir la relation entre des personnages hauts en couleur évoluer.

Une histoire haletante
Je ne vous dévoilerais donc pas toute l’histoire ici mais il est important de souligner comment elle s’imbrique parfaitement avec le gameplay et les dialogues. Comme je l’ai dit Henry sera pris pour cible par un individu mystérieux, qui saccage son refuge et ira même jusqu’à s’en prendre à lui physiquement, à partir de ce moment les balades dans le parc prennent une autre tournure. Le récit nous amène à découvrir la relation fatale entre un père et son fils, prédécesseurs de Henry au poste de Firewatcher. Ainsi le héros va se croire pris dans une expérience du gouvernement ou ciblé par des ados revanchards qu’il avait délogés de leur campement, et c’est un véritable jeu de piste auquel se prête très bien le côté chasse au trésor des randonnées dans le parc naturel, qui regorge d’indices insoupçonnés. Je ne peux que vous dire que le mystère reste entier jusqu’à la toute fin, elle-même assez chaotique, à vous de le découvrir…

Conclusion: une expérience à tenter
Firewatch est une expérience unique, comme un bon livre le joueur en ressort non pas avec un skill ou des dizaines d’heures de jeu mais avec la sensation d’avoir participé à une oeuvre de fiction. Les 4 heures de jeu passent sans les voir tant on est pris par le tourbillon d’événement, au terme de l’aventure j’ai eu moi-même l’impression d’avoir passé un séjour étrange au milieu des Rocky Moutains. C’est finalement un petit jeu qui ne paie pas de mine mais qui est très enrichissant vidéoludiquement parlant. A la marge du jeu vidéo c’est presque une histoire interactive à laquelle on prend part, de bon coeur pour mon cas.

Si vous êtes intéressés et cherchez une expérience de jeu peaufinée par une équipe passionnée et n’ayant pas peur d’exprimer sa créativité, foncez!

Test Firewatch sur PS4
haha le cul

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